Entre champs fertiles, fermes laitières et cultures maraîchères, bordés de forêts et de rivières sinueuses, le Centre-du-Québec offre un paysage agricole projetant un savoir-faire rural bien établi.

Dans cette région, le fromage n’est pas qu’un aliment : c’est une culture vivante, un art de vivre. Véritable terre laitière, le Centre-du-Québec marie traditions agricoles et innovations artisanales pour offrir une diversité exceptionnelle de produits fromagers. Avec plus d’une douzaine de fromageries réparties sur son territoire, il s’impose comme l’un des hauts lieux de la production fromagère au Québec.

De la ferme à la meule : des artisans passionnés

Tout commence dans les fermes, là où vaches, brebis et chèvres se nourrissent paisiblement et où des artisans transforment le lait en chefs-d’œuvre.

À Sainte-Élizabeth-de-Warwick, la Fromagerie du Presbytère incarne cette passion. Installée dans un ancien presbytère, elle produit des fromages d’exception comme le Louis d’Or, affiné dans une ancienne église, et le Bleu d’Élizabeth, un bleu crémeux et raffiné qui séduit les palais du monde entier.

À Bécancour, la Fromagerie L’Ancêtre se distingue par son engagement envers l’agriculture biologique. Leurs cheddars et suisses biologiques sont le fruit d’un savoir-faire rigoureux et d’un profond respect de la nature.

À Plessisville, la Fromagerie Rang 9, mise sur la créativité et l’originalité, avec des produits artisanaux qui sortent des sentiers battus et qui rappellent la fraîcheur du grand air, les énormes ballots de foin sur les terres, et le lien avec le territoire.

 

Une diversité exceptionnelle

Certaines fromageries misent sur des pâtes molles ou des cheddars affinés, tandis que d’autres offrent des cheddars, des fromages frais en grains et leurs créations uniques.

La Fromagerie St-Guillaume, la Fromagerie Lemaire, la Fromagerie Kingsey, la Fromagerie Deschaillons ou encore la Fromagerie Victoria à Victoriaville, proposent des cheddars, des fromages frais en grains, en plus des spécialités qui leurs sont propres.

Et puis, il y a des cas spéciaux. La Moutonnière à Sainte-Hélène-de-Chester, qui travaille exclusivement le lait de brebis pour créer des fromages fins et biologiques, la Fromagerie La Voie Lactée, qui transforme du lait de chèvre de la région et la Fromagerie Warwick avec leur fabrication à base de lait de Jersey.

En sillonnant les routes de la région, vous constaterez que même les grandes entreprises ont leur place dans le paysage. À Victoriaville, Lactalis Canada produit des fromages à grande échelle, tout en contribuant à l’économie locale. À Notre-Dame-du-Bon-Conseil, l’usine d’Agropur perpétue une tradition laitière bien ancrée dans la région

 

C’est fête au village !

Les vendredis soir à la Fromagerie du Presbytère sont devenus une tradition estivale incontournable. De la fin mai à la fin septembre, le parterre du vieux presbytère se transforme en un lieu de rassemblement festif où musique, gastronomie et convivialité se rencontrent.

Des centaines de visiteurs affluent avec leurs chaises et leur bonne humeur pour vivre une soirée en plein air. L’événement est gratuit et chacun compose son festin à sa guise. Des produits sont disponibles sur place. Le Magasin Général regorge de tout ce qu’il faut pour garnir une planche apéro digne des plus grands pique-niques :

  • Fromages fins
  • Pains artisanaux
  • Charcuteries et délices du terroir
  • Bières de microbrasserie, vins locaux et autres breuvages

L’ambiance est chaleureuse, voire magique. Familles, amis, mélomanes et épicuriens s’y retrouvent autour d’une passion commune : le plaisir de bien manger et de partager. Et pour les curieux, une visite de l’église transformée en cave d’affinage est un incontournable : c’est là que dorment les meules de Louis d’Or, choyées par Pat, le premier robot affineur au Canada.

 

Terre de naissance de la poutine : expériences et festival

Le Centre-du-Québec célèbre chaque année la Journée mondiale de la poutine le 20 juillet, avec l’événement festif L’Expérience Poutine. Cette initiative touristique regroupe restaurants, activités et produits locaux autour du plat emblématique québécois! Même si certains désaccords persistent sur le lieu exact de sa création, n’en demeure pas moins que tout le monde s’entend pour dire que c’est bien ici, au Centre-du-Québec, que la poutine est née!

Depuis 18 éditions, le Festival de la Poutine rassemble des poutiniers qui font découvrir leurs créations originales — des versions classiques aux plus éclatées.

Et jusqu’au 28 septembre 2025, le Musée des cultures du monde de Nicolet présente l’exposition immersive « La poutine, une culture à toutes les sauces ». On y explore :

  • Les origines de la poutine et ses ingrédients phares
  • Ses déclinaisons régionales et internationales
  • Des objets, archives et témoignages qui retracent son évolution

Saveurs et traditions

Pour les amateurs de fromages, le Centre-du-Québec est une destination incontournable. Chaque arrêt y raconte une histoire, portée par des passionnés, des ambassadeurs du goût, de la tradition et de l’innovation. C’est une aventure où l’on découvre que derrière chaque meule se cache des artisans détenant un savoir-faire remarquable!

 

🧀 Les fromageries du Centre-du-Québec

  1. Agropur (Notre-Dame-du-Bon-Conseil)
  2. Fromagerie Deschaillons (Deschaillons-sur-Saint-Laurent)
  3. Fromagerie du Presbytère (Sainte-Élizabeth-de-Warwick)
  4. Fromagerie Kingsey (Plessisville)
  5. Fromagerie L’Ancêtre (Bécancour)
  6. Fromagerie La Voie Lactée (Deschaillons-sur-Saint-Laurent)
  7. Fromagerie Lemaire (Saint-Cyrille-de-Wendover)
  8. Fromagerie Rang 9 (Plessisville)
  9. Fromagerie St-Guillaume (Saint-Guillaume)
  10. Fromagerie Victoria (Victoriaville)
  11. Fromagerie Warwick (Warwick)
  12. La Moutonnière (Sainte-Hélène-de-Chester)
  13. Lactalis Canada (Victoriaville)

 

🧀 Recettes inspirantes : Salade du jardin au fromage en grains https://defijemangelocal.ca/salade-du-jardin-au-fromage-en-grains/

En ce Mois de l’histoire autochtone et dans le cadre de la Journée nationale des peuples autochtones, Goûtez-y! met la lumière sur les traditions culinaires des premiers habitants du Centre-du-Québec.

 

Une journée pour célébrer et reconnaître 

Le 21 juin marque non seulement le solstice d’été, mais aussi la Journée nationale des peuples autochtones. Ce n’est pas un hasard si cette journée coïncide avec le jour le plus long de l’année puisque, pour de nombreuses communautés autochtones, le solstice d’été possède une symbolique particulière et marque un moment de rassemblement et de célébrations, notamment autour de l’alimentation. 

Au Centre-du-Québec, la Journée nationale des peuples autochtones résonne tout particulièrement grâce au peuple abénakis qui façonne l’histoire du territoire depuis maintenant plus de trois siècles. 

 

Les Abénakis : gardiens historiques du Centre-du-Québec 

Les Abénakis, dont le nom signifie « peuple de l’aurore » ou « peuple de l’est » sont présents dans la vallée du Saint-Laurent depuis des siècles, voire des millénaires. C’est à partir de 1700 que des communautés abénakises s’établissent dans les environs de Saint-François-du-Lac et de Bécancour et prennent place sur les sites actuels d’Odanak (1715) et de Wôlinak (1704).  Aujourd’hui, on dénombre près de 3 500 Abénakises et Abénakis au Québec, ailleurs au Canada et aux États-Unis dont environ 600 résidents à Odanak et Wôlinak. 

Source : Gouvernement du Canada. En ligne : https://www.sac-isc.gc.ca/fra/1634312499368/1634312554965  

 

Appartenant à la grande famille linguistique algonquienne, le peuple abénakis est considéré comme allié des Français lors des guerres coloniales et s’adonne avec eux au commerce des fourrures. Les Abénakis vivront ensuite principalement d’une économie de subsistance qui va grandement évoluer jusqu’au XXe siècle. 

 

Des traditions culinaires à découvrir 

D’abord semi-nomades, ils chassaient, pêchaient, trappaient et cueillaient. Ils étaient également horticulteurs. Puis, au tournant du XIXe siècle, l’agriculture – culture du sol, utilisation des animaux et production de produits végétaux et animaux – fait tranquillement son apparition à Odanak et Wôlinak. Ces qualités de chasseurs-cueilleurs et d’agriculteurs constituent d’ailleurs un des traits particuliers de cette nation. 

L’alimentation traditionnelle des Abénakis est basée sur le gibier (rat musqué, lièvre, outarde, perdrix), les petits fruits, les plantes sauvages (têtes de violon, ortie) ainsi que les poissons (esturgeon, barbue, barbotte) qu’on retrouve sur le territoire et dans la rivière Saint-François (pour la communauté d’Odanak). Les conditions de la terre sont favorables à la culture des courges, du maïs et des haricots – les fameuses trois sœurs – mais également celles des pommes de terre. 

Un des mets emblématiques de la culture abénakise qui illustre bien la relation entre chasse, cueillette et agriculture est la sagamité, une soupe composée de haricots, de maïs lessivé, de légumes, de viande sauvage et d’épices. Chaque communauté, voire chaque famille, possède sa propre recette.¹  

 

Un autre emblème de la culture culinaire est le poisson fumé, et plus particulièrement l’esturgeon fumé, qui est très présent dans l’alimentation tout comme le maïs, les pâtes de fruits séchées et les graines de tournesol ou de citrouille et qui, à l’époque, servaient de collations pendant la chasse, la pêche et la cueillette.² 

 

La banique, un pain plat et sans levain qu’on fait cuire sur le feu, fait aussi partie du régime alimentaire ancestral des Abénakis. Toutefois, et contrairement à une croyance populaire, la banique n’est pas d’origine autochtone et a été intégrée à la culture à la suite d’échanges avec les Européens. Comme le précise la cheffe cuisinière Lysanne O’Bomsawin : « […] on n’avait pas de farine ici, à part la farine de maïs. Du pain de maïs, il s’en faisait, mais la banique n’est pas un pain de maïs. »³ 

 

 

Intérêt renouvelé et nouvelles initiatives  

À la faveur de mouvements comme Idle no more et d’événements comme le dépôt du rapport de la Commission de vérité et réconciliation du Canada, on assiste depuis quelques années à une nouvelle dynamique d’affirmation des nations autochtones présentes au Canada et au Québec. Cette dynamique se traduit par un intérêt renouvelé à l’égard des cultures autochtones, incluant la culture culinaire et la gastronomie, et ce, autant à l’intérieur qu’à l’extérieur des nations.  

Cet intérêt se manifeste de manière bien concrète dans la communauté d’Odanak avec le projet Wlipogwat4 qui, en langue abénakise, signifie « ça goûte bon ». Initié par des membres souhaitant se réapproprier l’héritage de leurs ancêtres, ce projet vise à rendre l’alimentation locale plus populaire et accessible en permettant aux gens de la communauté de récolter et de cuisiner les aliments disponibles sur le territoire. Ultimement, il s’agit d’assurer une meilleure sécurité alimentaire de la population en renouant avec les traditions culinaires ancestrales tout en respectant et en préservant les ressources. À la fin de chaque saison, les participants au projet sont invités à créer des recettes à partir de leur récolte et à les partager lors d’un grand banquet.  

D’autres initiatives permettent de faire rayonner les traditions culinaires abénakises hors des communautés. On peut entre autres penser à la cheffe Lysanne O’Bomsawin qui, par ses interventions publiques, son service de traiteur Québénakis et la publication d’un livre intitulé « Cuisine autochtone : Saveurs et savoir-faire d’hier à aujourd’hui » contribue à faire connaître et à démocratiser sa cuisine et ses traditions. C’est le cas également de Jacques T. Watso qui offre aussi un service de traiteur et, depuis 2023, commercialise sa recette de sagamité déshydratée ainsi que d’autres mélanges (banique, soupe trois sœurs) qu’il est possible de cuisiner simplement chez soi. 

 

La culture abénakise : Goûtez-y! 

Livres de recette, recettes en ligne, service de traiteur, boutique en ligne : il est plus facile que jamais de s’introduire à la gastronomie autochtone et abénakise. Il peut toutefois être difficile d’avoir accès à des produits frais. Rien de mieux alors que de se déplacer sur place pour profiter d’une expérience complète ! Par exemple, il est possible de se rendre au Café Masko à Odanak où vous pourrez savourer des plats traditionnels à base du cerf rouge, des Indian tacos, des poissons fumés, des burritos abénakis, des salades traditionnelles et, bien sûr, de la sagamité et du pain banique.5

 

 

Comme dans toutes les cultures, la gastronomie autochtone et abénakise est associée à la fête et aux célébrations. Dans ce cas, pourquoi ne pas participer à un Pow Wow, « une fête qui convoque la musique, les danses, les habillements de danse, les aliments et les objets d’artisanat autochtones. »6

 Chaque communauté tient son propre Pow Wow au courant de l’été. Celui d’Odanak aura lieu les 19 et 20 juillet prochain tandis que celui de Wôlinak se tiendra à la fin août.  

 

À défaut de pouvoir manger des produits ou des mets autochtones sur une base régulière, nous aurions intérêt à nous inspirer de l’approche autochtone des 7 générations dans notre rapport à l’alimentation et à la consommation en général. D’après la Grande Loi (Gayanashagowa) de la Confédération des Haudenosaunee, « cette approche suggère que chaque décision prise aujourd’hui doit être évaluée à l’aune de ses impacts jusqu’à la septième génération à venir. »7

 Autrement dit, ce que nous faisons aujourd’hui aura des conséquences sur les générations suivantes et, de ce fait, il est de notre devoir d’assurer la préservation des ressources, de la biodiversité et des territoires pour les générations à venir. Ainsi donc, une alimentation de saison, locale et le plus agroécologique possible est à privilégier ! 

En cette période de solstice et pour célébrer la culture abénakise en ce début d’été, voici une recette de limonade aux fleurs de sureau qui nous est généreusement offerte par la cheffe Lysanne O’Bomsawin et qui permet de se désaltérer lors des journées chaudes. 

Santé !

 

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1 Éric Faucher (2023, 19 février). Incursion dans la tradition culinaire des Abénakis, Le Nouvelliste. En ligne : https://www.lenouvelliste.ca/2023/02/20/incursion-dans-la-tradition-culinaire-des-abenakis-3eafe13ecfc35756082e4d38a23a46b0/
2 Jasmine Rondeau (2020, 21 août). Du popcorn à la dinde aux atocas, La Tribune. En ligne : https://www.latribune.ca/2020/08/21/du-popcorn-a-la-dinde-aux-atocas-8160e1086da7462ce890189ae79e26d6/
3 Éric Faucher (2023, 19 février). Incursion dans la tradition culinaire des Abénakis, Le Nouvelliste. En ligne : https://www.lenouvelliste.ca/2023/02/20/incursion-dans-la-tradition-culinaire-des-abenakis-3eafe13ecfc35756082e4d38a23a46b0/
4 Un balado sur le projet est également disponible sur la plateforme Ohdio de Radio-Canada : https://ici.radio-canada.ca/ohdio/balados/12398/senraciner-dans-lavenir-histoires-inspirantes-de-jeunes-autochtones/1003067/odanak-gardiens-territoire-wlipogwat-w8banaki
5 Stéphane Paradis (2024, 9 février). La culture qui passe par la nourriture, Le Courrier Sud. En ligne : https://www.lecourriersud.com/infolettre/la-culture-qui-passe-par-la-nourriture/
6 Anna Hoefnagels (2006). Pow-wow, L’Encyclopédie canadienne. En ligne : https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/pow-wow-1
7 Ville de Montréal (2020). Stratégie de réconciliation 2020-2025. En ligne : https://portail-m4s.s3.montreal.ca/pdf/strategie_de_reconciliation_2020-2025_vdm_fr.pdf

Par l’Association des producteurs de canneberges du Québec
APCQ– Association des producteurs de canneberges

L’utilisation rationnelle de la précieuse ressource qu’est l’eau est une préoccupation grandissante en agriculture. Il existe un mythe encore bien répandu selon lequel ce petit fruit rouge acidulé qu’est la canneberge pousse dans l’eau. Pourtant, au contraire, la canneberge pousse dans le sable et est très intolérante au sol chargé d’eau puisque ses racines ont un grand besoin en oxygène. Les recherches ont prouvé que les systèmes de drainage performants actuels qui évacuent rapidement l’excès d’eau dans le sol après des précipitations ont permis d’augmenter de façon significative les rendements.

 

Pourquoi alors voit-on toujours des photos de champs de canneberges inondés?

Tout d’abord, il faut savoir que la structure interne de la canneberge est formée de quatre alvéoles qui agissent comme des poches d’air permettant au fruit de flotter. Donc, pour faciliter la récolte, les champs sont inondés et les fruits sont décrochés lors de l’opération de battage. Ils flottent ainsi à la surface de l’eau et sont dirigés par le vent vers une extrémité ou l’autre du champ. Une fois les fruits regroupés, les travailleurs utilisent des estacades pour accélérer leur aspiration par la pompe à fruits, direction le camion de transport vers l’usine de conditionnement!

Mais d’où provient cette eau qui permet d’inonder les champs, nous demanderez-vous?

L’eau de pluie et de la fonte des neiges est emmagasinée dans des réservoirs d’accumulation aménagés en hauteur, qu’on appelle communément des lacs. Toutes les fermes de canneberges en sont équipées. Des fossés aménagés autour des champs forment un réseau de circulation d’eau qui se déverse dans un réservoir de récupération. Les mouvements d’eau se produisent par gravité ou par pompage.

En plus de la récolte, l’eau est utilisée pour divers usages : irrigation contre le gel et la sécheresse et la glaciation. Cette dernière permet aux plants d’être protégés pour l’hiver.

Fait intéressant, l’évolution des méthodes culturales et les efforts déployés en recherche ont permis à, l’industrie de la canneberge d’utiliser aujourd’hui de deux à six fois moins d’eau par rapport aux anciennes pratiques en plus d’augmenter son rendement à l’hectare de 25 à 30 % (Bonin, 2009).

 

Pour plus d’information au sujet de la canneberge, visitez le site internet de l’Association des producteurs de canneberges du Québec.

Sources:

Caron, J., Jabet, T., Boily. C. et Thomas, M. Recherche sur l’irrigation de précision de la canneberge – Vers une production accrue avec moins d’eau. Vecteur Environnement, Septembre 2017, p.40-47.

Bonin, S. (2009). Régie agroenvironnementale de l’irrigation dans la production de canneberges (Vaccinium macrocarpon Ait). Mémoire de maîtrise, Département des sols et de génie agroalimentaire, Université Laval, Québec, Canada, 114 p.

Des aliments d’ici

Par Étienne Gosselin, agronome, communicateur et viticulteur

La chef cuisinière Lysanne O’Bomsawin et la productrice avicole Andréane Benoit ont un faible pour les aliments qui fortifient l’économie de leur région. Pour elles, pas moyen de se mettre autre chose dans le bec que des aliments du Centre-du-Québec!

Le Centre-du-Québec et ses terres agricoles

Comme 93 % de cette région composée des MRC d’Arthabaska, de Bécancour, de Drummond, de l’Érable et de Nicolet-Yamaska est constituée de terres agricoles, on peut supposer qu’il y a de quoi se sustenter! Cette proportion de terres pour se nourrir est même plus élevée que celles de la Montérégie (86 %) ou de Chaudière-Appalaches (67 %), les deux régions qui produisent pourtant le plus d’aliments en termes de valeur monétaire. Au Centre-du-Québec, 18 700 emplois sont liés au secteur bioalimentaire, pour 14 % des emplois et 13 % du PIB de la région!

Mets métissés serrés québécois-abénakis

Ce genre de statistiques participe à embaumer la cuisine de Lysanne O’Bomsawin, qui mitonne à Odanak et chez elle à Bécancour. Cette chef à domicile qui opère le Traiteur Québénakis tente de restreindre au maximum son rayon d’achat pour préparer ses mets métissés serrés québécois-abénakis. Lysanne aime mettre la main sur de la fraicheur et des saveurs du terroir qui font la spécificité de sa cuisine traditionnelle. Avec plus de 25 000 produits authentifiés du logo « Aliments du Québec » par l’organisme du même nom, le choix est vaste!

Approvisionnement local stratégique

Ses stratégies d’approvisionnement sont multiples et varient selon le moment de l’année. En saison, elle fréquente le Marché Godefroy et les kiosques à la ferme. Elle n’hésite pas à appeler les producteurs, des boucheries ou des poissonneries directement, qui deviennent des partenaires de son succès gastronomique. Autrement les épiceries et même certains supermarchés fournissent des efforts notables pour augmenter l’offre de produits d’ici. En moyenne, 60 % de ce que consomment les ménages québécois provient du Québec, avec de grandes disparités. L’autonomie alimentaire du Québec est effet très variable – c’est 1300 % pour les produits d’érable, 399 % pour le porc, 97 % pour la pomme de terre, mais 32 % pour le miel et 12 % pour les produits céréaliers.

Pour d’autres produits plus nichés – riz sauvage, cœurs de quenouille, moutarde de salicorne, maïs lessivé, champignons forestiers –, Lysanne fréquente des groupes de cueilleurs sur Facebook qui peuvent la diriger vers des points de vente ou lui expédier des produits par la poste ou par autobus. Hors-saison, oui, les grossistes alimentaires sont incontournables, mais n’oublions pas que des entreprises agricoles commercialisent des produits séchés (canneberges) ou surgelés (fraises) qui permettent des saveurs centricoises à l’année.

« Ça demande une certaine gymnastique et un peu plus de temps, mais ça vaut la peine », assure la chef. Les produits qu’elle obtient de manière directe sont plus frais, plus goûteux, car mûris à point et se conservent plus longtemps. Mais plus important encore, « l’achat local tisse des liens de confiance et stimule le sentiment d’appartenance à ma région », expose l’Abénakise. Ce sont même parfois ses fournisseurs qui la contactent pour lui offrir des nouveautés!

La Tablée du village : un événement zéro déchet

Sur le chemin de l’autonomie alimentaire, plus de 10 % des fermes tiennent des kiosques de bord de route et des activités d’autocueillette et une ferme sur cinq vend directement aux consommateurs. Mais pour mettre en valeur la contribution de nombreuses entreprises agricoles qui n’ont pas toujours pignon sur rue, Andréane Benoit, de la Ferme avicole A. Benoit à Sainte-Brigitte-des-Saults, a instauré une formule sans équivalent au Québec : la Tablée du village.

Initialement tenue en février pour souligner le Jour de l’agriculture canadienne, la Tablée s’est mutée en événement zéro déchet dont la troisième édition estivale, en août 2022, a rassemblé 420 convives dans un village de 784 habitants, cela le long d’une table interminable, car Andréane insiste : elle veut asseoir ensemble producteurs et consommateurs de son patelin, promouvoir le bon manger insoupçonné qui foisonne – patates, poireaux, porc, lait, poulet, croustilles, fromages…

« Je suis native de mon village, alors je pensais que je connaissais tous les produits d’ici, mais pas tant que ça, alors j’imagine pour des gens qui ne sont pas du milieu agricole », s’étonne l’éleveuse de volailles qui tire fierté de stimuler l’économie régionale par la production d’aliments.

Mieux connaître les familles de producteurs, c’est mieux apprécier leurs produits et leur savoir-faire, poursuit la pétillante trentenaire. Ça goûte juste meilleur quand on connaît leurs histoires!

La Grange Pardue

Par Étienne Gosselin, agronome, communicateur et viticulteur

On mange avec nos sens, mais aussi avec notre tête, conscient que nos choix alimentaires ont des impacts socio-économiques, mais également environnementaux. Comment manger plus vert?

Comment réduire l’empreinte carbone de son alimentation?

Au Centre-du-Québec, les entreprises de transformation alimentaire génèrent à peu près autant de revenus que les 3 000 fermes sur le territoire. Voilà une belle richesse à exporter hors région, mais aussi à consommer localement, pour sabrer dans l’empreinte carbone de son alimentation.

Enseignant en gestion des opérations et de la chaîne logistique au Cégep de Drummondville, Mathieu Pépin l’atteste : l’approvisionnement local économise des litres de diesel d’une combustion aussi nuisible qu’irréversible. Lui-même diplômé de ce programme en pleine mutation sous l’effet notamment du développement durable, il a poursuivi son cursus aux HEC avant de planifier la production et le transport dans différentes entreprises.

L’environnement, c’est LE sujet de l’heure, clame l’enseignant. Avant, seule la rationalité économique prédominait, mais aujourd’hui, on conjugue consommation et environnement.

Consommer à moindre coût et à moindre impact, voilà la nouvelle équation que doivent résoudre les étudiants. Rappelons que 43 % des émissions de gaz à effet de serre du Québec proviennent des transports et que les émissions de l’agriculture sont de 10 %, mais de 26 % si on inclut la production, la transformation et la distribution des aliments, rappelle Laure Waridel dans son livre « La transition, c’est maintenant ».

Entreposage écologique des aliments

À Drummondville, si les habitudes de consommation d’avocats ou d’agrumes ne sont pas du ressort des futurs diplômés, en revanche, entreposer les aliments aux meilleures localisations, composer des routes de livraison pour rationaliser les kilomètres inutiles et électrifier les transports sont des notions d’efficience aussi bien économique qu’environnementale qu’assimilent les cégépiens.

Ainsi, au retour du travail ou de l’aréna, arrêter à la ferme ou au marché public de sa municipalité, c’est logique pour une foule d’aliments qui font la renommée du Centre-du-Québec – produits laitiers et de l’érable, grains, porc et canneberges. Saviez-vous que 10 % des fermes proposent de l’autocueillette ou des achats à la ferme directement? Pour d’autres produits d’ici ou d’ailleurs (café, mangues et olives), Mathieu Pépin rappelle que les chaînes et les distributeurs, avec des entrepôts centraux et décentralisés, visent aussi à minimiser la consommation de diesel dont le prix ne va qu’en augmentant, notamment sous l’effet de la taxe sur le carbone.

Pour expédier ses bières aux quatre coins du Centre-du-Québec, la ferme brassicole et coopérative de travailleurs La Grange Pardue de Ham-Nord promène son propre camion de livraison entre Drummondville, Victoriaville, Laurierville et Parisville, mais pour Montréal et Québec, c’est un distributeur spécialisé en bières artisanales qui organise ses propres routes de livraison, évitant la multiplication des véhicules sur les routes. Mais avant tout, la ferme écoule 70 % de sa douzaine de sortes de bières sur place, dans une formule de tourisme responsable où les excursionnistes profitent d’un salon de dégustation, d’une terrasse high class, de sentiers d’Interprétation par champ et par bois.

L’approvisionnement local comme partenaire du développement durable

Cette ferme brassicole, l’une des rares parmi une douzaine au Québec sur les quelque 300 microbrasseries, excelle en matière de développement durable. Premièrement, le sable, le gravier et le bois pour construire la grange proviennent des terres de la ferme dont les valeurs, placardées sur son site Internet, regroupent l’économie circulaire, le développement durable, la conservation des traditions et la valorisation des paysages grandioses des Appalaches. Ensuite, une bonne partie de l’orge et du houblon provient de la ferme ou de fournisseurs de malts et de houblons québécois, sans parler de l’eau et des ressources humaines, dont l’une d’elles est le copropriétaire Philippe Langlois, originaire de Chesterville. Même la drêche, ce résidu brassicole, nourrit des porcs et des bovins locaux!

La Grange Pardue

Nos choix alimentaires ont des impacts

Réduire ses déchets, récupérer des matériaux, composter, utiliser les légumes et le sirop d’érable de la ferme, produire des bières de saison qui intègrent ici des framboises, là du jus de pomme de la région ou du miel de ruches du site même pour une stout impériale bien mielleuse : quand on se préoccupe d’environnement, tout devient soudain un peu plus complexe, mais c’est ce qui donne l’unicité à La Grange Pardue, ce projet « de la terre au verre ».

Le développement durable, c’est plus qu’un argument de vente : c’est ce que nous sommes, conclut Philippe Langlois.